Pour ceux qui ne suivent pas de près les émissions politiques, je signale que François Hollande participait ce soir (mercredi 18 juin 2008) à l'émission "100% foot" sur M6, pour un debriefing sur le parcours et la déroute des Bleus (on ne sait trop si François Hollande était invité en tant que spécialiste de la Coupe d'Europe ou de la déroute...). Bref, François
Hollande parlait foot, et pendant ce temps, le Parti Socialiste s'enfonce.
Le PS s'enfonce dans la division, alimentée par les ambitions égoïstes des éléphants, qui ne croient qu'en eux-mêmes depuis qu'ils ne croient plus en leur parti.
Le PS s'enfonce dans la contestation, qui lui tient place de programme politique, car c'est là son seul dénominateur commun, même s'il est moins idéologique que politique.
Le PS s'enfonce dans la contradiction sur les questions socio-économiques en essayant de masquer l'ambiguïté de sa position sur le libéralisme.
Le PS s'enfonce et avec lui le débat démocratique, qui devrait s'exprimer sur des idées et non des slogans, à l'Assemblée et pas dans la rue ou les émissions de foot, dans un but constructif et pas uniquement avec des arrière-pensées politiciennes.
Et cela durera au moins tant que la question de l'orientation sociale-démocrate du PS ne sera pas tranchée, tant que le parti regroupera des courants de pensée fondamentalement antinomiques. Mais cette question ne semble pouvoir être résolue sans impliquer une scission au sein du parti, sans cesse repoussée car elle hypothèquerait à court termes les chances de victoire électorales. Or les éléphants sont pressés, et une refonte en profondeur rendrait trop de temps dans leur agenda personnel. Bref le PS est comme un
vieux couple qui ne se supporte plus mais ne peut se résoudre à se séparer.
Dans ses conditions, le PS peut-t-il enfin opérer sa refondation ?
Difficile à dire, mais il y a urgence. En attendant, ses dirigeants pour attirer sur eux la lumière médiatique continuent d'assombrir l'avenir de leur parti en prenant des positions qui ne seront pas tenables s'ils reviennent au pouvoir. Car pour exister dans un parti sans idéologie affirmée, une seule option : la critique systématique du gouvernement en place. Mais en prenant des positions contestataires sur les réformes du régime de retraite, de l'assurance maladie, de la construction européenne et autres, le PS se dote d'un héritage politique qui sera bien difficile à assumer en cas de retour au pouvoir. A croire que les leçons du passé n'ont pas porté : par peur d'être débordé sur sa gauche par les partis contestataires anticapitalistes, le PS flirte encore avec une ligne antilibérale en oubliant qu'un parti de gouvernement ne peut pas se permettre de tenir un discours totalement décorrellé de la réalité.
Pour éviter un douloureux mais nécessaire examen de conscience, le PS prépare à nouveau un grand écart entre sa ligne politique et son attitude au pouvoir (si il y revient), hiatus qui sera légitimement exploité par la "vraie gauche" qui aura alors beau jeu de dénoncer la trahison des couches populaires et d'en radicaliser l'électorat.
François Hollande participait ce soir à l'émission "100% foot" et il y avait quelque chose d'indécent à voir le premier secrétaire en pré-retraite parler ballon rond en dépit de la situation de son parti.
Matthieu Caillat, membre du Banquet des Idées
Je suis absolument d'accord avec cette analyse. Ce qui s'est passé pour le référendum de 2005 m'avait scandalisé, pour la première fois j'ai eu "honte d'être français" même si cette expression ne m'est pas habituelle.
Maintenant... ce serait une bonne idée d'organiser un débat sur le P.S. : Mélenchon ou Strauss Kahn, il faut choisir (avec 50 ans de retard sur le SPD).
Alain Parquet, membre du Banquet des Idées
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