BDI

Le Banquet des Idées est une association loi 1901 qui a pour objectif la promotion du débat autour de sujets déterminés en fonction de l’actualité politique et sociale en présence de personnalités diverses. L’association est idéologiquement neutre et indépendante. Elle se veut la garante de la représentation la plus complète des différents de courants de pensée dans le respect mutuel destinée à promouvoir le débat public.

 

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Mardi 27 février 2007

  « La fin de l’ère du pétrole : quel avenir pour notre société ? »

 

Compte-rendu du débat organisé le mercredi 24 janvier 2007 à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris par les associations « Le Banquet des Idées » et « Respublica Nova »

 

Intervenants :

 

Jean-Michel Gires, directeur du développement durable et de l'environnement du groupe Total ;

 

 Corinne Lepage, avocate, ancien Ministre de l’Environnement (1995-1997), présidente de CAP 21 ;

 

 Corentin de Salle, directeur de l'Atlantis Institute (think tank d'inspiration libérale) ;

 

 Jean-Luc Wingert, ingénieur conseil spécialiste des question énergétiques et du développement durable, auteur en 2005 de l’ouvrage La Vie après le pétrole (éditions Autrement).

 

Modération :

 

Pierre-Yves Bureau (Banquet des Idées) et Hélène Rossary (Respublica Nova)

 

La notion déterminante pour envisager les limites futures à l’exploitation pétrolière est celle de « pic de production », qui correspond au moment où le flux de pétrole atteint son maximum, et qui constitue un tournant puisque par définition, l’extraction de pétrole ne peut à partir de ce moment que décroître. Pour Jean-Luc Wingert, ce pic devrait intervenir vers 2015.

 

Jean-Michel Gires, tout en confirmant la pertinence de cette notion, avance une date légèrement plus tardive pour la survenance du pic de production (qu’il situe entre 2020 et 2025) et rappelle que ce pic ne correspond qu’à la consommation de la moitié des réserves pétrolières. Si les tensions actuelles sur les prix sont le résultat de facteurs conjoncturels, Jean-Michel Gires anticipe que la forte croissance des énergies chinoise, indienne et brésilienne va effectivement se traduire par un choc de demande dont résultera une hausse durable des prix de l’or noir.

 

Corentin de Salle adopte une approche moins affirmative, rappelant que l’extrapolation des perspectives d’avenir par le passé sont hasardeuses et ont conduit le Club de Rome dans les années 70 à situer la fin du pétrole au début des années 90. Pour Corentin de Salle, il est inutile de trop s’appesantir sur l’évaluation de la quantité de pétrole dont nous disposons, alors que ce qui nous intéresse est l’étendue de l’usage que nous pourrons en faire, qui dépend lui des évolutions technologiques qui verront le jour dans nos sociétés. Ainsi pour Corentin de Salle, si les matières premières sont limitées à stock de matière physique, les ressources naturelles qu’on peut en extraire, sont, comme l’inventivité humaine qui permet des les exploiter, illimitées. Il n’est ainsi pas certain que les activités humaines nécessitent un jour d’exploiter le pétrole jusqu’à épuisement.

 

Corinne Lepage s’oppose à cette conception illimitée de la ressource et anticipe au contraire l’émergence au cours de ce siècle d’une « économie de la pénurie ». L’ancienne ministre de l’Environnement souligne les inquiétantes variations des évaluations des stocks de pétrole, et au-delà de la disponibilité de cette ressource, rappelle les dangers environnementaux que revêtiraient une exploitation totale du pétrole existant, l’impact économique désastreux du réchauffement climatique dû à la combustion des énergies fossiles ayant récemment été souligné par le rapport Stern.

 

Dans certains domaines, le pétrole n’a aujourd’hui quasiment pas d’énergie de substitution, et c’est en particulier le cas du transport. Il est dès lors nécessaire de développer des solutions alternatives. JMG rappelle l’implication de son groupe dans ce domaine, avec l’addition de bio-carburants et le développement de carburants synthétiques issus du charbon. Mais Jean-Michel Gires rappelle également qu’un milliard d’êtres humains sont en passe d’accéder au mode de vie du milliard d’habitants des pays développés. Le pétrole ne pourra satisfaire une telle demande, et Corinne Lepage, Jean-Michel Gires et Jean-Luc Wingert s’accordent sur la nécessité changer nos habitudes actuelles. Corinne Lepage avance que dans une réduction par quatre des émissions de gaz à effets de serre (objectif du protocole de Kyoto), près de 40% auraient pour origine des économies d’énergie, le reste provenant d’énergies de substitution. Jean-Luc Wingert défend la nécessité de réduire cette consommation mais souligne les difficultés de mise en œuvre d’une politique poursuivant cet objectif : nos sociétés ne sont pas préparées à subir une limitation de la consommation énergétique et les instruments techniques d’une politique publique de taxation seraient très délicats à mettre en œuvre. Une « innovation sociale » est donc nécessaire, qui passe par une meilleure appropriation par le plus grand nombre des concepts de pic de production et de ses conséquences.

 

Corentin de Salle s’oppose à cette conception : la ressource énergétique n’étant pas limitée dans ses modes d’exploitation, il n’y a pas de raison de céder au pessimisme alors que les substituts n’ont jusque-là jamais manqué, et de s’infliger un rationnement qui n’est en réalité que l’habillage d’une vision moraliste de nos sociétés.

 

L’action publique a cependant sa place et pour Corinne Lepage, et elle doit passer par une internalisation des coûts externes, c’est-à-dire la prise en compte dans nos mécanismes de prix des conséquences pour la collectivité des comportements individuels. Ce rééquilibrage de la relation individu / collectivité aboutira à un changement profond de nos sociétés, dont les habitudes de consommation changeront. Il ne s’agirait pas d’un changement quantitatif, allant vers une réduction de la consommation, mais d’une évolution qualitative, pour l’avènement d’une société moins axée sur le jetable et valorisant plus le service. Mais ces changements ne peuvent être organisés que dans un horizon de temps de l’ordre d’une génération, beaucoup trop long pour avoir une place dans les stratégies « court-termistes » que les politiques privilégient aujourd’hui. Cette vision est proche de celle de Jean-Luc Wingert, qui pour dépasser le « court-termisme » qui empêche nos sociétés d’anticiper la possible diminution brutale du pétrole disponible, est favorable à un « plan Marshall » de l’énergie.

 

Tout en respectant les modes de vie moins consuméristes, Corentin de Salle réaffirme l’idéal de liberté du libéralisme, et s’oppose aux restrictions qui pourraient être imposées pour économiser l’énergie ou limiter le réchauffement climatique. Sans remettre en cause la nécessaire prise en compte des enjeux écologiques, Corentin de Salle donne la priorité au développement du Tiers-Monde et à la transmission aux générations à venir d’une société à forte capacité d’innovation. Hors, notre mode de vie actuel alimente pour Corentin de Salle ces deux objectifs : la croissance des pays les plus avancés est favorable au développement des pays les  moins riches, et la consommation est source d’inventivité.

 

Jean-Michel Gires adopte une position médiane : sans parler d’un changement de nos modes de vie radical et imposé par la force publique, nos sociétés devraient aller vers une « économie de la sobriété », car une forte réduction de notre consommation est possible sans changement majeur en limitant simplement le gaspillage. Pour Jean-Michel Gires, les entreprises ont elles aussi un rôle à jouer, et Total, par son implication croissante dans les énergies autres que fossile, contibue à « faire durer » le pétrole.   MC

 

par Le Banquet des Idées publié dans : Actualité du BDI
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